Mapping Paris

"Mapping Paris" est un projet de recherche historique et littéraire qui explore, à partir de données, les relations de sens entre la vie culturelle et l’espace géographique parisien.
Ce projet facilite le partage de données ouvertes pour une enquête historique, sociologique et littéraire à Paris et est ouvert à la collaboration de ceux qui souhaitent contribuer à la recherche.

Projets

Projet 1

Cartographie de la “vie littéraire” des frères Goncourt à Paris sous le Second Empire

Projet 2

Les recettes des théâtres de Paris dans la vie théâtrale du Second Empire (1858-1867)

Projet 3

Paris dans le roman français de formation: Stendhal, Balzac, Flaubert

Projet 4

Paris de Stendhal à Maupassant

Rendu graphique des données

Cartographie de la “vie littéraire” des frères Goncourt à Paris sous le Second Empire

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[02]

Carte des lieux symboliques de Paris (1851-1870)

Le référentiel de données est disponible sur GitHub

Tool: Palladio Stanford

Général

Paris Second Empire
Bornes
Schéma général

Les données obtenues à partir de la lecture analytique du Journal ont été traitées de manière appropriée pour obtenir un rendu graphique utile pour notre travail.

L’objectif central de ce travail de projet est de visualiser la carte de Paris en fonction des fréquentations des Goncourt obtenues auprès du Journal. Pour ce travail de rendu «spatial», l’outil «Palladio» de l’Université de Stanford a été utilisé. Pour une meilleure visualisation, il a été jugé opportun de diviser in primis les types de lieux afin d’obtenir différents fichiers: cafés ; restaurants ; théâtres. Les lieux avec moins d’occurrences tels que les musées, les salles de bal, les archives, etc. ont été regroupés sous la rubrique «Autres».

Les données suivantes ont ensuite été incluses dans le programme Palladio: lieu; adresse; arrondissement; nombre d’occurrences; coordonnées géographiques. La carte obtenue est basée sur une couche qui considère les coordonnées comme des lieux, le nom des lieux comme des étiquettes. La taille du point affiché est calculée en fonction du nombre d’occurrences de citation du lieu dans le Journal (plus un lieu a été fréquenté ou cité, plus le point est grand). Enfin, en appliquant le filtre «Facette» et en définissant la «dimension» du filtre selon la catégorie «arrondissement», nous obtenons un affichage des lieux selon l’arrondissement auquel ils appartiennent, tandis que la taille des points est déterminée sur la base du nombre d’occurrences reste inchangée.

Les cartes obtenues étaient les suivantes: générale (tous les lieux en absolu - carte 1); café (carte 6); restaurants (carte 3); théâtres (carte 4); autres lieux (musées, archives, salles de bal, etc. - carte 5); cadre de l’œuvre des Goncourt (lieux mentionnés et fréquentés qui ont été représentés dans des pièces de théâtre ou des romans des Goncourt - carte 7); journaux (cartes 8).

Les lieux, sans distinction de catégorie, ont été quant à eux cartographiés par arrondissement (cartes 9-24).

La carte des lieux symboliques permettant une visualisation dédiée uniquement à certains lieux qui ont caractérisé en particulier le Paris du Second Empire (carte 2) mérite une mention particulière. Cette carte introduit quelques notions importantes pour les déductions ultérieures qui découlent du travail de visualisation des données.

Le cœur du pouvoir politique du Second Empire était représenté par le palais des Tuileries, siège du salon principal de la ville ou le salon de l’impératrice Eugénie, fervente catholique, qui a rencontré journalistes, écrivains et critiques conformistes, dont Octave Feuillet. Toujours dans le bâtiment des Tuileries se trouvait la redoutée « Commission d’examen des ouvrages dramatiques », c’est-à-dire la censure. Cette commission agissait sous les directives directes de l’empereur et de l’impératrice, avait

pour tâche de protéger la moralité et les bonnes coutumes de la société à travers le contrôle des œuvres théâtrales, véhicule des us et coutumes de grand impact. Outre le musée, le Louvre abritait la grande exposition annuelle d’œuvres d’art : en effet, les premières expositions de peintures de l’histoire de l’art moderne étaient organisées dans le Salon carré du Louvre, d’où la définition de Salon. L’accès au « Salon » s’est fait après une inspection méticuleuse des œuvres artistiques par le jury, qui était également politiquement orienté.

Non loin des Tuileries, on trouve sur la rive gauche le siège de l’Institut de France qui abrite à son tour l’Académie des beaux-arts. L’Académie des beaux-arts comptait quarante membres dont : quatorze peintres, huit sculpteurs, huit architectes, quatre graveurs et six musiciens¹. Les membres étaient élus à vie et étaient également les électeurs de futurs académiciens qui se présenteraient plus tard comme candidats. Généralement, l’élection d’un candidat avait lieu vers l’âge de cinquante ans, presque pour conclure et récompenser une carrière honorable. Il y a eu de fréquents cas de refus d’excellence : Delacroix a été rejeté cinq fois avant son élection. L’Institut, et en particulier la section de l’Académie des beaux arts, jouissait d’une autorité exclusive basée sur les admissions et les récompenses envers les artistes aux Salons, ainsi que sur la nomination des professeurs de l’École des beaux arts et sur le contrôle des grandes commissions publiques.

¹ Cfr. H.& C. White, La carrière des peintres au dix-neuvième siècle, Flammarion, Paris 1991.

Aux lieux centraux du pouvoir politique et culturel s’opposaient des lieux « non-conformistes ». Le salon de la princesse Mathilde, cousine de l’empereur Napoléon III s’opposait principalement au salon de l’impératrice. La princesse Mathilde avait un goût plus libéral que l’impératrice Eugénie, souvent et volontairement qualifiée de « bigote ». Mathilde recevait des personnages qui n’étaient pas toujours liés au pouvoir, pourtant originaux et proéminents dans le panorama culturel. Parmi les visiteurs les plus fréquents de son salon figurent Gautier, Sainte-Beuve, Flaubert, Taine et Renan. En quelques années, la princesse Mathilde assume le rôle de mécène et de protectrice des arts, se dépensant pour ses amis en obtenant des recommandations pour des postes de pouvoir (candidature de Sainte-Beuve au Sénat), la possibilité d’être mise en scène dans le théâtre (c’est le cas d’Henriette Maréchal des Goncourt représentée au Théâtre-Français), pour des récompenses officielles (la Légion d’honneur à Flaubert et Taine)². Ce fut précisément le cas de la « chute » de la pièce des Goncourt, Henriette Maréchal, jouée au Théâtre-Français seulement six fois, qui vit le groupe de pouvoir de l’impératrice s’opposer aux écrivains protégés par la princesse. La pièce, en effet, a été victime d’une conspiration bien ordonnée du groupe lié au salon de l’impératrice qui, entre l’intervention de la censure, les insultes dans la presse et la confusion organisée dans la salle, a déterminé le fiasco d’Henriette Maréchal et donc l’échec au théâtre des frères Goncourt protégé par la princesse Mathilde.

Le premier « Salon des Refusés », événement marquant du Second Empire, s’oppose au Salon officiel. En 1863, le nombre élevé de refus du jury du Salon officiel incite Napoléon III à organiser une exposition alternative au Palais de l’Industrie sur les Champs-Élysées.

Ce fut le tournant du système artistique parisien : les premiers peintres paysagistes et quelques peintres « réalistes » (Pissarro, Cézanne et Manet comptaient parmi les artistes célèbres de cette exposition) trouvèrent enfin place parmi les peintures exposées, première attaque frontale de la « modernité » à un système qui avait trop longtemps perpétué les mêmes modèles artistiques.

Parmi les lieux « anticonformistes », il faut certainement inclure le Café Momus, siège historique initial des artistes « Bohème ». Ce café non loin de l’île de la Cité a été immortalisé par Henry Murger dans son roman Scènes de la vie de bohème (1851). Les artistes de la Bohème représentent autant d’anticonformistes qu’il pourrait y en avoir dans le système culturel parisien : ils méprisent le goût « bourgeois », ils méprisent la clientèle « bourgeoise » même, ils se consacrent à l’art comme une fin en soi (L ‘art pour l’Art), en dehors du système économique qui régit les éditeurs, la presse, le marché de l’art. Amoureux de la vie d’un artiste romantique, ils recherchent obstinément l’indépendance et l’autonomie.

² Pierre Bourdieu, Les règles de l’art, Éditions du Seuil, Paris 1992, p. 82.

Le Paris du Second Empire était dominé par une attraction centrale : le théâtre. Dans les lieux symboliques qui ont marqué les vingt ans du Second Empire, on trouve des théâtres liés aux premières représentations qui ont laissé leur empreinte dans la dramaturgie moderne ou dans l’histoire théâtrale de Paris : le Théâtre du Palais-Royal qui a accueilli en 1851 la première représentation de Un Chapeau de Paille d’Italie de Labiche, le premier « mouvement vaudeville », une nouvelle catégorie de vaudeville, genre comique très apprécié ; le Théâtre du Vaudeville qui a vu en 1852 la première représentation de la Dame aux Camélias de Dumas fils, sommet du drame bourgeois gardien de la pédagogie de la morale des mœurs, seule pièce du genre à survivre bien au-delà des années du Second Empire ; le Théâtre des Bouffes-Parisien qui a accueilli la toute première « opérette » en 1858, Orphée aux Enfers d’Offenbach, pièce immortelle ; le Théâtre-Français qui accueillit en 1865 la création d’Henriette Maréchal par les frères Goncourt, une pièce de théâtre reléguée à l’histoire du théâtre non pas tant pour l’opéra lui-même que pour la conspiration qui décréta son échec avec une clameur excessive et redondante.

Au sein du système théâtral, la présence de la « Société des auteurs et compositeurs dramatiques », organisme de gestion collective du droit d’auteur, symbole du pouvoir croissant des auteurs de théâtre à succès, ne peut être négligée.

Lieu symbolique du Paris du Second Empire. Pas un simple restaurant mais un cénacle de premier ordre. Des écrivains et artistes du calibre de Sainte-Beuve, Gautier, Flaubert, Maupassant, les Goncourt, Renan, Berthelot, Taine, Claretie Tourgueniev et Paul de Saint-Victor se réunissaient deux fois par mois depuis la fin de l’an 1862 au dîner Magny, inspiré par Gavarni, un ami proche des Goncourt. Dans le Journal, les Goncourt laissent une large place au récit de la soirée de Magny, les discussions, débats et impressions. Cette tradition inaugurée sous le Second Empire se perpétuera également sous la IIIe République au dîner de Brébant.
Publications

Michele Sollecito, Mapping the “vie littéraire” of Goncourt brothers in Paris during the Second Empire. An approach to digital humanities, Palermo, 40due edizioni, 2019.

Michele Sollecito, Roberta De Felici
(ed.), Edmond et Jules de Goncourt,
Théâtre, Paris, Classiques Garnier, 2021

Contacts

Michele Sollecito

Michele Sollecito est chercheur en littérature française à l’Université «Aldo Moro» de Bari. Il étudie la critique théâtrale du XIXe siècle en France et en particulier le théâtre des frères Goncourt dont il a dirigé l’édition critique (Paris, Classiques Garnier 2021). Il s’est spécialisé en humanités numériques à l’Université Ca ‘Foscari de Venise.

Détails du contact
michele.sollecito@uniba.it
@mikesolle

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